Ndella Madior Diouf : la synthèse de la déliquescence sénégalaise
Interpellée par la sûreté urbaine depuis une semaine, puis présentée au Procureur, Ndella Madior Diouf, propriétaire de la pouponnière Keur Yeurmandé est inculpée par le juge d'instruction d’homicide involontaire, de maltrmaitance d'enfants, de mise en danger de la vie d'autrui, d’exercice illégal de la profession de médecin, d’ouverture et exploitation d'une pouponnière sans autorisation administrative, de traite de personnes.
Les enquêtes de police publiées par la presse ont même choqué les plus insensibles. Elles ont révélé la mort de 6 enfants enterrés sans autorisation, la vente d'un bébé à 8 millions, des biberons avec de l'eau de robinet mélangé au sel, un corps sans vie de bébé caché dans une bassine remplie de glace, des bébés introuvables, un non respect des visites prénatales et des accouchements à domicile, etc.
Ces actes relèvent d'une criminalité indescriptible. Mais ils révèlent beaucoup de choses, dans une longue chaîne de responsabilité. Plusieurs acteurs sont directement ou indirectement couples dans une affaire qui restera dans la mémoire collective.
L'actrice principale est Ndella Madior, mais le caractère du personnage nous pousse à aller plus loin. Ndella est la fille du Pr. Madior Diouf, un brillant intellectuel, homme de lettre et homme politique, encré dans des valeurs traditionnelles solides. Malgré son niveau intellectuel et ses responsabilités, il est resté lui-même. Mais tous ceux qui apprennent pour la première fois que Ndella est la fille de Madior sont étonnés, tellement les deux personnes sont différentes.
Tout porte à croire que le père a raté l'éducation de sa fille. Cette dernière a l'habitude de raconter son enfance et parcours, et sans doute, elle a bénéficié de trop de liberté, ce qui a manifestement eu des impacts négatifs sur elle. L'analyse de cet aspect peut même être plus approfondie, mais on peut se limiter à ce niveau.
Les médias sénégalais, du moins certains, ont aussi contribué à renforcer la "folie" de Ndella Madior. Malgré les contre-valeurs qu'elle incarne, Ndella est une star des télévisions. A la 2STV, à la SEN TV, à la TFM, et dans beaucoup d'autres télévisions numériques, Ndella est fréquemment invitée. Chaque fois, elle étale son indifférence aux valeurs sénégalaises et choque par son extravagance. Cela peut lui donner l'impression d'être une personne intéressante et écoutée.
Cette affaire Ndella Madior pose aussi la responsabilité de la société, notamment les parents des bébés de la pouponnière voire les "parents de ces parents". D'habitude, les enfants placés dans les pouponnières sont ceux qui ont perdu leur maman. Dans le cas Ndella, d'après les informations issues des enquêtes rendues publiques, ce sont des mamans qui viennent elles-mêmes y déposer leurs enfants ou s'y refugier avec leur grossesse " indésirée". Et si ces mères irresponsables sont condamnables, les pères le sont aussi autant. Pour reprendre le journaliste Oumy Ndour, ce sont " les hommes qui laissent leur ADN partout".
Enfin, la responsabilit de l'Etat est plus que déterminante. Avant cette affaire de pouponnière, Ndella s'est déjà distinguée dans des actes délictuels, avec une impunité totale. Ses radios communautaires ont contribué à installer l'anarchie dans ce domaine. Les "voyances" en direct, elle fait partie des premières à les créer.
Dans l'activité de ses radios, elle s'est aussi distinguée dans la " maltraitance des adultes". Ndella exploite ses travailleurs, elle les clochardise même. Plusieurs fois, ses employés ou ex employés ont fait des sorties pour décrier les conditions dans lesquelles elle les fait travailler. Les autorités ne se sont jamais intéressé à cela alors qu'elles ont la responsabilité de protéger les travailleurs.
Sur l'affaire de la pouponnière, comme nous l'avions déjà écrit, la réaction de l'Etat est tardive.
Ndella a ouvert sa pouponnière depuis 2022 et fait des sorties publiques sur la structure. Tout le monde a vu, dans les réseaux sociaux, les images insoutenables d'enfants filmés par Ndella, les visages découverts. Cela suffisait, dans un Etat sérieux, pour faire des investigations et voir plus clair sur les conditions d’existence de la pouponnière. Rien n'a été fait, on a attendu qu'il y ait un drame (6 bébés morts) avant de réagir.
La moralité de Ndella ne lui permet pas d'avoir une pouponnière. Pis, dans le journal du jeudi 28 décembre 2023, le chef du village de Simal, Lang Mare, dit avoir alerté les autorités à deux reprises. Cela prouve davantage la responsabilité de l'Etat du Sénégal dans ce drame.

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